Le virage vers l’électrique provoque régulièrement des sueurs froides chez les puristes de l’automobile. Pourtant, Alpine vient de poser un acte de rébellion technique majeur lors de la 33e édition du mythique Goodwood Festival of Speed. Loin des promesses sur papier glacé et des show cars immobiles de salons, la firme de Dieppe a envoyé du lourd. De quelle manière ?
En réalisant une démonstration dynamique et face au public le plus exigeant de la planète, son laboratoire roulant : l’Alpine A110 FUTURE. Il s’agit d’un mulet de développement qui préfigure sans fard la troisième génération du coupé français. Le quel étant attendu comme la première véritable voiture de sport 100 % électrique capable de faire trembler le monde du thermique.
Pierre Gasly just took the Duke of Richmond for a ride into the future, as he shot up the #FOS Hill in the brand new, all-electric #Alpine A110 Future. We can think of no driver more qualified to put the dual-power trained prototype through its paces… pic.twitter.com/OB4ivds5Ee
— Goodwood FOS (@fosgoodwood) July 9, 2026
Alors, pour frapper un grand coup et faire rugir (silencieusement) la foule, la marque au A fléché n’a pas lésiné sur la mise en scène. Puisqu’elle a fait appel au pilote officiel de l’écurie de F1, Pierre Gasly. Le Français a donc eu l’immense honneur redoutable de baptiser l’engin en escaladant la célèbre et sinueuse colline de Goodwood. À ses côtés dans le baquet de droite, un passager de marque était présent. Car pour l’occasion, le Duc de Richmond en personne, fondateur de l’événement et garant du temple de la performance automobile était là.
Une démonstration de force sur la colline
Pour sa première sortie mondiale, le prototype camouflé de l’A110 FUTURE n’était pas là pour faire de la figuration. Pour sa part, derrière le volant, Pierre Gasly a immédiatement cherché les limites de cette nouvelle architecture modulaire baptisée APP (Alpine Performance Platform). Face aux spectateurs massés le long des bottes de paille, le Normand a fait la démonstration qu’une sportive à batteries pouvait conserver l’agilité légendaire qui fait le succès du modèle thermique actuel depuis sa renaissance.
À sa descente de voiture, le pilote de Formule 1 ne cachait pas son enthousiasme :
« C’était formidable de figurer parmi les premiers à piloter l’avenir d’Alpine en gravissant la célèbre côte de Goodwood au volant de l’Alpine A110 FUTURE aujourd’hui. C’est une occasion unique pour Alpine de dévoiler la prochaine étape de sa gamme devant des passionnés aussi fervents lors de cet événement. Alpine continue de démontrer qu’une voiture de sport électrique peut être plus légère, plus incisive et offrir un réel plaisir de conduite. »
Sous la robe du mulet : Les secrets de la plateforme APP
L’enjeu de ce run à Goodwood dépassait largement la simple parade de communication. Pour les ingénieurs normands, cette cellule de développement est un outil crucial pour valider des choix techniques radicaux. L’architecture APP a été entièrement pensée pour contourner les tares habituelles des véhicules électriques, à savoir le poids pachydermique et l’absence de sensations.
Une répartition des masses calquée sur le thermique
Pour préserver une position de conduite ultra-basse et une hauteur de pavillon identique à celle de l’A110 moderne, Alpine a refusé le piège de la batterie « skate-board » uniforme sous le plancher. Le pack de batteries 800 Volts est scindé en deux blocs distincts : 25 % de l’énergie est logée à l’avant et 75 % est implantée en position centrale arrière, juste derrière les fesses du conducteur. Ce choix stratégique permet non seulement de conserver un centre de gravité optimal, mais offre également un habitacle spacieux capable d’accueillir confortablement tous les gabarits, sans forcer les jambes à se surélever.
L’artillerie lourde du Torque Vectoring 2.0
Le véritable secret de l’agilité diabolique promise par l’A110 FUTURE réside dans son train arrière. La voiture abandonne le traditionnel différentiel pour adopter le système Alpine Active Torque Vectoring 2.0. Ce dispositif embarque deux moteurs électriques arrière indépendants (technologie synchrone à aimants permanents), capables de grimper jusqu’à un régime stratosphérique de 21 500 tr/min. Grâce à des onduleurs en carbure de silicium gérant l’alimentation en 800V, le couple est distribué de manière millimétrique et instantanée à chaque roue.
Sur la piste, cela se traduit par une éradication presque totale du sous-virage en entrée et en milieu de courbe. En gérant les transferts de charge de manière dynamique, aussi bien à l’accélération qu’au lever de pied, l’électronique de bord donne l’impression que la voiture pivote autour de son axe, malgré le surpoids inhérent aux cellules. De plus, le système intègre un contrôle de la glisse baptisé Wheel Slip Torque Control et une signature sonore générée directement par la fréquence de ses propres moteurs pour reconnecter le pilote à sa machine.
Une offensive d’envergure pour Alpine à Goodwood
Cette démonstration de l’A110 FUTURE s’inscrit dans ce qui s’impose comme la plus grande présence historique d’Alpine au Festival of Speed. Afin de légitimer cette transition énergétique auprès des puristes, la marque a orchestré un véritable pont temporel sur son stand, reliant son glorieux passé à son avenir électrifié.
Les passionnés ont ainsi pu admirer la légendaire Alpine A442B V6 2.0L, celle-là même qui avait fait triompher l’artisanat français face aux géants mondiaux lors des 24 Heures du Mans 1978. La Formule 1 était également de la partie avec les hurlements mécaniques de la structure E20 de 2012 et son moteur V8 atmosphérique, rappelant que la compétition reste le cœur battant de la marque.
Aux côtés de ces monstres sacrés du bitume, la future « Dream Garage » 100 % électrique d’Alpine s’affichait fièrement. Les spectateurs ont pu approcher de près la très attendue citadine survoltée A290, ainsi que le concept de sport fastback A390, preuve que la marque compte rapidement décliner sa recette d’agilité sur d’autres segments. Pour assurer le spectacle tout au long du week-end, une véritable escadrille de pilotes de la galaxie Alpine — comprenant Franco Colapinto, Paul Aron, Alex Dunne et Nina Gademan — s’est relayée pour enchaîner les démonstrations en piste et aller à la rencontre des fans.
La simulation comme arme de développement massive
Si l’A110 FUTURE commence tout juste à limer le bitume en public, sa mise au point a déjà nécessité des milliers d’heures de travail de l’ombre. Pour accélérer les processus et réduire les coûts avant même de figer les pièces physiques avec les équipementiers, les ingénieurs de la marque s’appuient massivement sur le simulateur haute performance DiM250.
Installé au cœur des bureaux de développement, cet outil de pointe intègre un véritable cockpit d’A110 installé sur un hexapode dynamique capable de restituer les moindres nuances du châssis. Face à un écran conique géant de 9 mètres de large, les pilotes d’essai ont déjà parcouru plus de 45 000 kilomètres virtuels. Ce dans le but de calibrer la gestion thermique des batteries, peaufiner l’adhérence des pneumatiques spécifiques et affiner les lois d’amortissement.
Ainsi, le run de Pierre Gasly à Goodwood valide de manière éclatante la fidélité de ces modèles numériques. L’Alpine A110 FUTURE prouve que la passion automobile française refuse de mourir avec la fin du thermique. Tout du moins, la firme française essaye de la faire muer pour assurer une transition paisible et en douceur. Même si, c’est une certitude, tout le monde ne suivra pas la tendance, les irréductibles étant endurants.
Article publié le 12/07/2026 à 6h39




