Mini Express (Otto, Solido, GT Spirit) : bienvenue au paradis de la miniature !

Mini Express (Otto, Solido, GT Spirit) : bienvenue au paradis de la miniature !

Il y a presque 10 ans, deux bretons ont eu l’idée de lancer leur propre marque de miniatures en résine et de grande qualité. Le tout, avec des prix attractifs et un concept assez différent de la concurrence. Depuis, Ottomobile (Ottomodels) abrégé Otto, puis GT Spirit ont su s’imposer comme deux références de la miniature. Désormais, l’entreprise produit et commercialise également Solido, la mythique marque française. Nous sommes allés à la rencontre de Frédérick Guillier (PDG et co-fondateur) dans ses tout nouveaux locaux à Josselin. En route pour un voyage au paradis de la miniature !

Mini Express, le pari fou mais réussi de deux bretons.

Le Mag Auto Prestige: Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?
Frédérick Guillier: Bonjour, je suis Frédérick Guillier, j’ai 40 ans et je suis le co-fondateur et dirigeant de Mini Express (Otto, GT Spirit, Solido). Je suis originaire de Bretagne et j’ai travaillé pendant près de 20 ans en Chine, dans le monde de la miniature.

Frédérick Guillier devant ses miniatures Otto

LMAP: Comment se déroule la conception d’une miniature, de l’idée à sa commercialisation ?
FG: La conception d’une miniature est un processus long. En moyenne, on est sur 12 mois de délai entre la validation de l’idée et la mise en vente du modèle. Par exemple, en ce moment, on travaille sur notre programme de 2020 ! Avant on travaillait sur un délai de 18 mois. On essaye de réduire désormais. Car, quand on voit une nouveauté qui sort et qu’on veut la faire, 18 mois c’est trop long. Aujourd’hui tout va vite, surtout dans l’automobile. 99% du temps, ce sont des modèles que l’on aurait aimé avoir en vrai. Comme beaucoup d’amateurs de voitures, on aimerait toutes les avoir. Il y a peu de modèles que je n’aime pas. En dehors des versions Diesel, on est pas très fans du Diesel. D’ailleurs, dans notre collection il n’y en a quasiment pas, un ou deux je pense (une CX Break). La liste des modèles que l’on aimerait faire est encore très longue. En plus, nous sommes attentifs aux commentaires de nos collectionneurs et à leurs suggestions sur les modèles à faire. On prend vraiment en compte leurs suggestions, même si ce n’est pas fait dans l’immédiat.

Une fois l’idée d’un véhicule validée, on passe à sa modélisation. On « scanne » la voiture avec un appareil photo en 3D. C’est une machine qui vaut très chère, la première nous a coûté 80,000€. En une heure, l’appareil nous fait 500 photos environ. Puis, on élabore un dossier technique avec notre spécialiste basé en Espagne. C’est un ancien journaliste automobile, une vraie encyclopédie de l’automobile. Il nous précise les différences entre le modèle d’époque et le modèle que l’on a scanné. Car, beaucoup de gens modifient leur voiture. Or, on veut la voiture la plus fidèle possible au modèle d’origine.

Après, on modélise la voiture 3D sur ordinateur. Cela prend deux mois environ. Ensuite, on réalise une maquette physique et on développe un outillage industriel. Même si c’est de la résine, on fait de l’outillage industriel car toute la fabrication ne peut être manuelle sur 1000, 2000 exemplaires ou plus. Cela prend 4 mois. On mélange l’injection plastique et la résine, ce qui allonge le processus. Quand tout est prêt, et après la validation du constructeur, on lance la production du modèle. Cette production prend 3 mois à peu près. Enfin, il faut faire venir les miniatures depuis leur usine (en Chine) dans nos entrepôts (en Bretagne). Cela prend 1 mois, 1 mois et demi.

Nous avons un bureau d’études basé en Chine, afin qu’il puisse directement travailler avec notre usine de production. Leur boulot est de vérifier les maquettes, vérifier les échantillons. Quand on envoie un modèle à un constructeur et qu’il nous fait des commentaires, on modifie. Sauf si c’est trop exagéré, comme un constructeur qui nous avait dit que la trappe à essence était 0,14mm trop longue ! Généralement, nous avons une très bonne image et peu de retours négatifs avec nos voitures Otto. Nous avons de bonnes relations avec les constructeurs.

Il n’y a pas besoin d’autorisation pour les sponsors sur les modèles de compétition. La livrée d’une voiture de rallye, en miniature, est considérée comme une décoration. Donc, non soumise à licence. On est vraiment libres de faire ce que l’on veut.

LMAP: Le marché des miniatures/jouets a bien évolué ces dernières années. On trouve de moins en moins de miniatures dans les GMS ou les magasins de jouets. Comment une entreprise comme la vôtre s’adapte à ces évolutions ? Est-ce que les enfants d’hier sont vos clients d’aujourd’hui ?
FG: Le marché change, en effet. Quand j’ai commencé dans la miniature, une 4CV, une 203 ou une Traction ça faisait un carton. Une R17, ça faisait un flop. Aujourd’hui, je refais la R17 ce sera un succès. A l’inverse des 4CV, 203 ou Traction. Il y a une nouvelle génération, donc c’est logique que le marché évolue. C’est pour ça aussi que l’on a repris Solido. On voulait faire de l’entrée de gamme, car Otto et GT Spirit c’est un marché de niche, que vous ne voyez pas. Le but était de redonner une visibilité à la marque et à des produits entrée de gamme, faire des produits de bonne qualité mais avec un prix correct. Aujourd’hui, tout le monde monte en gamme et les marques DieCast d’entrée de gamme disparaissent (Bburago, Welly…). Donc, on voulait combler un vide. En proposant un produit accessible (vendu entre 40 et 44,90€), cela a réactivé les ventes. D’ailleurs, à Noël, il y aura du Solido dans de nombreuses GMS. Par exemple, avec Carrefour, on a développé un modèle spécifique : un coffret avec les deux Alpine A110 ! On a Auchan et Cora qui font des essais. On a toutes les chaînes sauf Intermarché et Super U. Et, on a pas eu à se battre pour ces partenariats car ils sont heureux de retrouver la marque qui avait disparu de leurs rayons. Et ce, à l’inverse des jouetistes, peu réactifs pour l’instant. On voulait travailler avec eux, mais ils ont plutôt boudé le produit. Et, ce sont les grandes surfaces qui l’ont bien accueilli, qui était contents d’en retrouver dans leurs rayons. Donc, vous trouverez du Solido dans vos GMS pour Noël ! On a besoin de créer des collectionneurs. Ces gens commenceront avec du Solido, demain ils achèteront peut-être du Otto puis du GT Spirit.

La 2CV attire toujours autant !

Le marché ne se limite pas qu’à la France, on a la chance d’avoir un marché très international. Nous vendons beaucoup aux USA ou même en Chine ! Ils découvrent le 1/18e et la résine alors qu’ils étaient habitués au 1/24e. La demande monte en flèche là-bas, alors qu’en Europe elle stagne. Mais, il y a toujours des collectionneurs ! Ils sont cachés et il faut aller les chercher (rires). On va essayer de dépoussiérer l’image de la miniature.

Le vintage est à la mode. Les gens cherchent du vintage car le monde va très vite. Ils cherchent une sorte de repère, un souvenir. Et donc, ils se replongent dans le passé. A l’époque, l’automobile était complètement différente. Et, certaines personnes retrouvent ça avec nos miniatures.

Solido, c’est avant tout un cadeau que l’on offre. Au moins, 50% de nos clients ne sont pas des collectionneurs. Alors que chez Otto, ce sont plutôt des gens qui aiment les voitures. Beaucoup de gens qui se spécialisent sur une marque, une catégorie, une époque… Enfin, chez GT Spirit ce sont surtout des collectionneurs de miniatures. Des clients très différents. D’ailleurs, peu de nos clients collectionnent des miniatures Otto et GT Spirit en même temps !

LMAP: Le Rallycross est très présent en Bretagne et devient un sport de plus en plus populaire, peut-on imaginer des voitures de ce sport chez Otto en 1/18e ou chez Solido (1/43e ou 1/18e) ?
FG: Alors oui, on en fait une, on commence là. Nous allons proposer une Alpine A310 qui a gagné au Rallycross de Lohéac et qui a été championne de France ! Après, il y a le Rallycross historique et le Rallycross moderne. C’est un sport que j’apprécie beaucoup. On s’est posé la question de faire les Polo, Fiesta, 208, DS3 WRX… Mais, c’est un secteur compliqué. Les marques y vont puis reculent. A voir comment le Rallycross évolue. Cela peut monter très vite comme descendre tout aussi vite. D’autant plus que l’avenir y est électrique. Et puis, surtout, on a un problème de décalage. Comme je l’ai dit, on travaille sur 12 mois. Or, en un an, les livrées et les voitures changent, peut-être que le team ne sera même plus là ! C’est le même souci avec le WRC. La preuve, certains travaillaient sur la Polo R WRC’17… et puis Volkswagen a annoncé son retrait du WRC. Notre plus grosse problématique est celle du décalage. Donc, si l’on fait du Rallycross, ce sera peut-être plus sur les anciennes voitures que les actuelles.

La future A310 Rallycross de chez Otto !

LMAP: Pourrait-on imaginer voir des camions du Dakar dans vos marques ?
FG: On a de la demande là-dessus, c’est certain. Après, c’est compliqué à réaliser car ce sont des grosses pièces. A la fin, ce serait plus gros que du 1/12e ! Si je sors un camion à 160€ ce serait difficile. Les Camions du Dakar sont intéressants mais problématiques. Et, en 1/43e non, on est plus sur une optique de 1/18e, même avec Solido. On aime ça et on va continuer là dedans.

LMAP: Est-il possible d’avoir en exclusivité des modèles qui intégreront vos gammes Otto et Solido en 2019 ?
FG: Le problème, comme je vous le disais c’est que je suis déjà sur 2020, alors il faut que j’arrive à me rappeler de la liste de 2019 (rires). On va avoir une Stratos au 1/12e à venir l’an prochain. Il y aura aussi le pack assistance Clio Maxi. Après, en rallye, qu’est-ce qu’on peut avoir ?… (Après une longue réflexion) : on va avoir une Visa Groupe B. Il faudrait qu’on fasse des Subaru oui. On va avoir une nouvelle version de l’Ascona 400. Après, je ne peux pas vous en dire plus, je suis désolé.
Pour les modèles de série, on aura de nouvelles Subaru. On continue les japonaises car ça plaît beaucoup. En voitures française, on a encore plein de choses. On va avoir Peugeot 405 (une production aussi). Après, … euh, on va avoir des Mercedes, de belles AMG. Un peu de BMW aussi. On va avoir des choses exotiques en Renault, comme la Le Car Van ! Une R12 Alpine aussi. Des choses exotiques mais qui vont plaire. On va sortir des véhicules d’assistance aussi.

Le principe, c’est qu’on est que trois à connaître les modèles à venir dans l’entreprise. Cela évite les fuites. Et je préfère garder l’effet de surprise. On évite d’annoncer trop à l’avance aussi. Quand on annonce, c’est que c’est certain que cela va sortir ! Quand on annonce une voiture, généralement elle est dans le bateau. Après, il y a toujours un porte-conteneurs qui coule par an. Pour l’instant, on a de la chance et je touche du bois. Bon, nos voitures flottent après. (rires) On ne veut pas décevoir alors on évite d’annoncer trop à l’avance.

LMAP: A ceux qui vous critiquent de produire en Chine, comme beaucoup d’autres entreprises, qu’avez vous envie de répondre ?
FG: Ce n’est pas qu’on ne veut pas produire en France, c’est ce que c’est très difficile de le faire. Et pas pour des raisons économiques. Aujourd’hui, le souci c’est de trouver des gens pour travailler dans les usines, à rester 8h par jour à limer des pièces. On a un voisin qui n’arrive pas à recruter. Si l’on relocalisait en France, le problème ne serait pas la différence de prix mais de trouver de la main d’œuvre. Après, la Chine n’est plus un Eldorado. Dans notre entreprise, on a presque plus de jeunes, la moyenne d’âge est de 40 ans environ. Le niveau de vie augmente là bas, et les jeunes vont ailleurs. On a du mal à embaucher. Certains de nos concurrents réduisent les unités produites car ils n’arrivent plus à recruter et donc à produire autant qu’avant. On a réalisé une F1 au 1/8e, on l’a faite en France et ça nous a coûté moins cher que si on l’avait réalisée en Chine ! Mais, je pense qu’un jour ou l’autre que beaucoup d’entreprises reviendront produire en France. De plus, je pense que le jouet va monter en gamme et qu’il n’y aura plus de jouets « cheap » et de mauvaise qualité. Il n’y a plus vraiment d’intérêt de se lancer et d’aller produire en Chine. Si je devais refaire les choses aujourd’hui, je ne le ferai pas. On s’est vraiment lancés pile au bon moment.

Page 2 : Ottomobile
Page 3 : Solido et nos photos

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